Janvier 2013_

 

Les Espaces Vitrines : Symbole d'une métropolisation 

 

Dans le langage commun, « l’espace vitrine » peut recouvrir des réalités multiples dans des domaines variés, ce qui fausse quelque peu la perception générale et brouille les possibilités d’action. Le collectif BAM en a quant à lui une vision bien précise.
 
Les espaces vitrines sont les espaces centraux dotés d’un fort pouvoir attractif. Cette attractivité provient non seulement de leur centralité mais également des efforts entrepris par les pouvoirs publics pour valoriser et diffuser une certaine image de la ville. A l’heure du libre échange et en ces temps de rude concurrence, cette dernière cherche à cultiver son image en montrant qu’elle est pleinement entrée dans le 21 siècle, afin d’attirer investisseurs et visiteurs.
 
Elle réaménage ainsi ses places, parvis de gares et promenades en leur assignant une fonction récréative et non plus seulement utilitaire : ces espaces deviennent des lieux de déambulation et de loisirs. Ces projets modernes viennent du haut et sont progressivement appropriés voire détournés par le bas (qui subit plus qu’il ne participe à leur mise en place). En réalité, il existe toujours un décalage entre les pratiques urbanistiques et leur réception par les usagers. La volonté des aménageurs, telle qu’ils l’expriment sur le papier, est rarement incarnée dans la réalité. C’est en ce sens qu’ils peuvent être qualifiés d’espaces vitrines.
 
Pour grossir le trait, les espaces vitrines pourraient être les étals des villes marchandises, les lieux de la promotion urbaine. La puissance publique cherche ainsi à concrétiser les idées courantes de culture, de modernité, de sécurité, de propreté et de lisibilité en accentuant l’une ou l’autre de ces idées grâce au mobilier urbain, au revêtement, à l’embellissement de monuments historique, à l’apport de nature, etc. En fabriquant des images, les pouvoirs publics cherchent à faire de ces centralités des lieux incontournables de la ville.
 
L’analyse de la conception de la culture choisie dans le cadre de l’aménagement d’un espace vitrine peut-être intéressante pour que le lecteur puisse saisir la portée et les limites inhérentes à ces types d’espaces : Il est aujourd’hui clair que la culture a investi les espaces publics des grandes villes. Mais quelle culture ? Les pouvoirs publics et les aménageurs font de ce qu’ils appellent la diversité culturelle leur credo. L’espace public central devient un microcosme du monde. Le travail se fait sur la physionomie des bâtiments, le type de mobilier urbain et les sculptures pour donner au site une ambiance particulière rappelant tel ou tel coin du monde. Cependant, il faut bien avouer que cette diversité culturelle fabriquée de toutes pièces se cantonne mécaniquement aux stéréotypes populaires afin d’être acceptée par le plus grand nombre. On assiste alors à une standardisation de l’aménagement. C’est le paradoxe étrange de la standardisation par la diversification. En voulant contrôler la culture, l’aménageur l’aseptise. Ce procédé fonctionne pour les parcs d’attraction mais ne doit pas être utilisé pour l’aménagement du lieu de vie de la population.
 
Le problème central vient de la crise de confiance entre l’usager et le décideur. Ce dernier, dans sa volonté de contrôler l’espace public, s’éloigne toujours plus de sa base et nuit au processus démocratique. En outre, du fait de la sécurisation outrancière et de l’enclavement urbain, les espaces publics perdent progressivement leur rôle de lieux de sociabilité. Une solution pourrait alors venir de l’approfondissement et de la mise en pratique réelle d’un concept qui fera l’objet d’un prochain article : le crowdsourcing appliqué à l’aménagement ou la participation citoyenne intégré.

 

Nathanaël Merabli pour BAMcollectif