9 novembre 2015_

 

La Courneuve – Avec le BAMcollectif, aux pieds des immeubles, les idées fusent
 
 
 
 
Les vitres et les fenêtres de la caravane sont occultées par des vues aériennes de La Courneuve. Un stabilo fluo à la main, les « Bameurs » traduisent en signes et repères, sur la vitre où est collée la carte, la perception qu’ont les habitants de la ville. © BAMcollectif
 

C’est une démarche innovante, pour le moins inhabituelle, qu’a entrepris la municipalité de La Courneuve (93). Dans le cadre de grandes opérations d’aménagement à venir, dont la révision du Plan local d’urbanisme (PLU), plutôt que de laisser les habitants ou les usagers s’adapter aux nouveaux quartiers pensés par d’autres (urbanistes, architectes, élus…), la Ville a d’abord souhaité solliciter les habitants concernés directement dans leur quartier : en bas de chez eux, à la station du RER, au métro ou au marché, pour recueillir leurs impressions, leurs modes de vie, leurs attentes et leurs idées…

 

PLU à refaire

 

Une méthode mise en place pour associer à la réflexion ceux qui, d’instinct, n’auraient jamais passé la porte d’un conseil municipal, d’une réunion de quartier ou d’un débat citoyen ; pour associer ceux qui n’auraient pas pu s’exprimer sur le sujet ou tout simplement pas pu s’en informer. Cette méthode, c’est l’association BAMcollectif qui l’a conçue. C’est elle qui a remporté l’appel d’offre, à La Courneuve, pour mettre en place et animer des ateliers, des enquêtes et des activités avec les habitants dans le cadre de la révision générale du PLU — un travail d’un an ; elle aussi qui a donné un « coup de pouce » à deux autres associations de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis toujours (Mains d’œuvres et Les Robins des Villes), quelques après-midi seulement, pour mener des ateliers autour d’un projet urbain : que faire du terrain libéré rue Myrtille Beer, vaste dalle de béton de 300 m2 ? Une piscine, une salle de sport réservée au mineurs, un lieu dédié à la musique ? Les habitants sollicités ont pu donner leurs idées.

Atelier « bretelles » aux 4000 : les membres du collectif interpellent directement les habitants en bas de chez eux pour entamer la discussion. © BAMcollectif
 

« La concertation publique est obligatoire avec les habitants dans l’élaboration d’un PLU », explique Laure Chaigneau, architecte et responsable participation – communication à BAMcollectif. « Chaque collectivité choisit la portée de cette concertation, qui peut aller de la simple information de la population à la participation effective des habitants, en passant par la concertation en réunions publiques. Seulement la participation des citoyens est toujours limitée aux mêmes personnes. Pour toucher tout le monde, nous interpellons directement les habitants dans leur rue et les accompagnons sur chaque phase de la révision du PLU : diagnostic, PADD, zonage et règlement. »Méthode inverséeConvaincu que la participation habitante doit se faire en bas de chez soi, BAMcollectif travaille quotidiennement sur le terrain, dans les rues, les transports et sur les places afin d’aborder, discuter, ou encore dessiner, avec les habitants. « La richesse de l’existant, notamment celle de l’humain, garant du génie du lieu, doit être exploitée afin de mettre en place un projet réellement durable », explique BAMcollectif. « C’est par cette méthode fine que les problématiques contemporaines de la ville (ségrégation, individualisme mais aussi étalement, disparition des petits commerces, ou encore engorgements…) pourront être efficacement traitées et les réponses acceptées. »

La petite caravane bleue relookée, sur laquelle est écrit en rouge « Atelier de participation habitante », a fait étape au marché des Quatre Routes. © BAMcollectif
 

Composé de développeurs, d’urbanistes, de géographes et encore d’architectes, BAMcollectif, créé il y a bientôt deux ans, s’emploie depuis à favoriser la participation habitante dans la fabrication des territoires.

« Le BAMcollectif reste sur le terrain le plus possible et met en place un atelier mobile – une petite caravane bleue – lui permettant d’établir un lien de confiance et d’échanger avec les usagers. » Sur l’Appli, développée par l’informaticien BAM, les citoyens sont invités à donner un avis ou une idée, qu’ils spatialisent avec un « picto » sur une carte mutualisée, qui se construit jour après jour. Au delà du recueil de données, c’est un espace de diffusion des savoirs, un lieu de débat et d’information. Les habitants interrogés, fourmillant d’idées, jouent parfaitement le jeu.

 

Plus d’infos : www.cbam.fr