mai 2014_

 

Note d'intention / concours UP Trouville

 

BAMcollectif s’efforce de cultiver un urbanisme qu’il qualifie de sensitif.

Faire de l’urbanisme, c’est faire en sorte d’améliorer le cadre de vie du citoyen. Partant de ce postulat, il s’agit dès lors de comprendre sa façon de le pratiquer pour sublimer sa ville.

 

Pour notre collectif, l’urbanisme sensitif nécessite de s’appuyer sur les forces vives du territoire en prenant en compte la maîtrise d’usage : l’usager est un expert de son lieu de vie. La richesse de l’humain, garant du génie du lieu doit être mise en avant afin de mettre en place un projet réellement durable. Aborder les problématiques de la ville par une méthode fine et un nouveau regard, permet alors d’amener des réponses adaptées aux enjeux contemporains.

 

 

I – L’application de la méthode BAM sur le contexte trouvillais

 

/ Les entretiens exploratoires

Nous nous sommes implantés sur le site pendant un mois et demi afin de vivre la ville au jour le jour et de s’en imprégner. Nous avons abordé les problématiques trouvillaises à travers le prisme de l’habitant : une série d’entretiens, de reportages vidéos exploratoires et d’interviews ont été organisés avec divers interlocuteurs issus du monde associatif, commerçant ou tout simplement habitant. Nous nous sommes appliqués à attiser la motivation de ces acteurs et à développer l’enthousiasme collectif, pour que, dans un sens commun et par une réflexion transversale, le projet s’échafaude. Nous avons ainsi pu dégager des grands thèmes et axes de réflexions ayant en particulier trait à la mobilité, aux services, à l’environnement naturel mais également au déséquilibre communal.

 

/ L’Application

Nous nous sommes appuyés sur ces grands axes et avons mis en place un premier outil afin d’avoir une vision plus exhaustive du territoire : l’Application participative sur Internet (www.trouville.cbam.fr). Elle est un support interactif permettant à chacun de pointer les qualités et/ou défaillances de Trouville.

 

/ L’Atelier Mobile

L’Atelier Mobile est alors un point de repère dans la ville. C’est le lieu des échanges entre les commerçants, les touristes et les habitants. Il s’est déplacé sur plusieurs sites stratégiques de la commune durant deux semaines pour offrir un lieu de débats et de discussions sur les problématiques clefs de la ville. Cette présence quotidienne donne à la population le moyen de s’informer et de se sentir intégrée aux processus évolutifs du territoire. L’atelier visait également à promouvoir l’application participative sur Internet en incitant les usagers à s’y rendre pour spatialiser leurs opinions sur une représentation cartographique de la commune de Trouville. Les questionnements et les idées sont restés et restent encore accessibles à tous, dans un but de partage des connaissances et d’une communication transparente entre tous les acteurs du territoire.

 

Une deuxième phase s’est progressivement échafaudée sur la première : des ateliers citoyens autour de l’Atelier (« fenêtres sur projet ») et avec des enfants de la MJT (« dessine moi ta ville »). Chaque usager était alors invité, individuellement ou en petits groupes spontanés, à présenter ses idées et ses pistes de projets pour Trouville. L’expérience fut enrichissante et pleine d’engouement.

Durant cette étape, notre rôle était, en tant que professionnels, de structurer ces débats tout en distillant les connaissances acquises depuis notre arrivée à Trouville. Ces moments nous ont permis de tisser un lien de confiance avec les usagers et de créer des passerelles entre les différents types de populations (travailleurs, retraités, pécheurs, personnes à mobilité réduite, commerçants, jeunes, résidents permanents, partiels, touristes, etc.).

 

C’est au terme de cette phase que le Collectif est venu poser son regard professionnel sur l’ensemble des données récoltées pendant ces quelques semaines de présence.

 

II – Les partis pris

 

/ De concert avec la municipalité

L’élaboration des principes scénaristiques s’est fait dans un souci d’attention vis à vis des habitants mais également des grands projets actuels de la municipalité. Beaucoup sont déjà en cours et il s’agit de les compléter et de les intégrer dans une vision globale.

BAMcollectif, par sa démarche proactive et sensitive, entend accompagner Trouville dans le processus évolutif global auquel elle fait face (vieillissement de la population, normes sur l’accessibilité, accentuation des problèmes de stationnement et de mobilité, dichotomie saisonnière) pour l’aider à fabriquer une urbanité plus sensible.

 

/ Trouville 360°

BAMcollectif fait alors le pari urbanistique que l’ouverture de Trouville à 360°, rendue possible par un travail sur quatre axes : la ville « pantoufle », ou des courtes distances, la ville passante, ou perméable, la ville intercommunale - qui se construit avec les communes voisines -, et enfin la ville créative, permettra une meilleure répartition de l’empreinte anthropique sur le territoire communal impliquant un développement urbain plus structuré et pérenne.

Ainsi, nous optons pour un développement communal polycentrique : il s’agit de maintenir la centralité du quartier des Epines, de dynamiser les activités d’Hennequeville, et enfin d’apaiser la basse ville. Ainsi, le centre de gravité communal se déplace et un rééquilibrage territorial s’effectue.

Parallèlement, le renforcement des liens physiques entre ces trois pôles favorisera l’avènement de la ville des courtes distances et contribuera ainsi à diminuer les flux contraints.

 

/ La participation à chaque phase de conception

Le parti pris dégagé lors de la phase de participation, s’incarne dans des esquisses de projets qui devront être précisées, affinées, appropriées et parfois mises en place par les usagers avec le concours d’organismes locaux et de BAMcollectif. Ces esquisses seront ensuite soumises, en troisième phase (à partir du mois de juin), à la population via l’application participative, sous le nom de « vote ton projet ». Les débats autour de l’Atelier Mobile sur ces esquisses évalueront la pertinence du projet, et l’affineront en conséquence.

 

 

 

III- L’articulation du projet

 

S’adapter au contexte trouvillais, c’est mettre en œuvre un urbanisme à la fois temporel et temporaire afin de créer une urbanité à la fois plus souple et plus intense. Cette transfiguration ne sera possible que dans la mesure où le projet s’élabore conjointement avec la maîtrise d’usage.

 

Notre étude urbaine et quotidienne de Trouville nous a amené à considérer la problématique de la mobilité et du stationnement comme centrale. BAMcollectif répond à ce problème à deux échelles : à celle du grand territoire par la création d’un parc-relais au niveau de la gare, apaisant ainsi les flux inter-urbains ; et  à l’échelle intra-communale, par des actions fines, ponctuelles et participatives (signalétique, navettes) apaisant les flux intra-urbains. C’est à partir de et vers ce parc relais que s’organiseront les flux. La création du pôle multimodal provoquera un appel d’air et créera des espaces vides dans la ville-centre. L’idée est alors de s’emparer de ces vides pour élaborer des aménagements autour du casino et des actions fines sur d’autres sites stratégiques.

 

/Le pôle gare et le pôle casino

       // Le pôle gare : Le projet s’articulera autour de la création d’un pôle multimodal situé à la Gare de Deauville-Trouville. Capter la plupart des flux avant leur entrée sur le pont des Belges est primordial. Le parc-relais en entrée de ville permettra de fabriquer une autre urbanité dans le cœur de Trouville en rendant possible un déplacement des places de parking situées aujourd’hui autour du casino vers la périphérie. Ce parc-relais sera modulable, donc permettra d’adapter l’offre en fonction des périodes. Une offre de vélos et navettes urbaines sera également dispensée. En outre, le pôle intégrera des salles de coworking qui permettront aux communes de Trouville-Deauville de proposer des bureaux à deux heures de Paris, favorisant le développement du télétravail. Ce pôle captera enfin les cars touristiques, qui ne pourront dès lors plus emprunter le boulevard Fernand Moureaux.

 

       // Le pôle casino : le pourtour du casino devient donc un espace principalement dédié aux modes doux et à la détente. Le rythme se ralentit et les aménités sont valorisées. Il s’agit de créer un véritable hypercentre de ville de bord de mer avec des espaces de déambulation. L’objectif étant, sur le long terme, d’arriver (dans la mesure où cela s’avère possible) à une zone piétonne étendue sur le boulevard Fernand Moureaux.

 

Une circulation apaisée dans l’hypercentre et sur le boulevard Fernand Moureaux redonnera à Trouville un dynamisme et un visage attractif en rendant plus aisée la valorisation de son histoire et de son génie. Parallèlement à la mise en place d’un pôle multimodal, il s’agit donc de réaffirmer la zone 30 sur le boulevard en supprimant notamment les feux rouges, les passages piétons et les barrières. La coexistence entre les différents modes en sera d’autant plus aisée. Les navettes fonctionneront sur un système hybride entre service à la demande et desserte régulière. Les montées et les descentes se feront au bon vouloir de l’usager. L’objectif est ainsi d’apporter une complémentarité avec les modes actifs. C’est aussi en favorisant les interactions sociales qu’elle contribuera à inventer une urbanité plus sensible.

 

/Les espaces actifs : symboles d’une ville créative

       Ce projet central sera accompagné par des opérations d’acupuncture urbaine sur des sites stratégiques de la commune, définis notamment durant les premières phases de la démarche. Ces opérations visent à créer des lieux d’intensité urbaine permettant de stimuler le tissu urbain, d’animer des changements, et ainsi, de favoriser les initiatives nouvelles. L’objectif opérationnel est de fabriquer des aménagements légers et ponctuels afin d’amplifier l’usage de l’espace public.

Cet urbanisme devra être discuté lors d’ateliers avec la population. Les espaces actifs ainsi créés communiqueront, en tant qu’éléments de projet, les uns les autres dans un dessein global. Ils seront les supports d’une sociabilité renforcée qui participera à la figurabilité de la ville.

 

       //Les quais

Ils concrétisent l’imaginaire amarré à Trouville. Ils sont intimement liés à l’activité de pêche qui irrigue le territoire communal par des flux matériels et immatériels. Les quais sont, en ce sens, indissociables de la culture Trouvillaise : ils fascinent le promeneur. C’est pourquoi, ils sont supports d’usages différenciés et potentiellement conflictuels qu’il s’agit d’ordonner : la déambulation, la pause, la réunion, le déchargement de poissons, le commerce, l’entreposage de matériel de pêche, etc.

Il s’agit donc de trouver une solution d’entente entre les passants et le travail des pêcheurs. Nous ne pouvons pas interdire aux usagers de Trouville de marcher sur les quais, ni demander aux pêcheurs de travailler ailleurs. C’est par une information et une signalétique intelligentes, que BAMcollectif fait le pari d’enclencher un vivre-ensemble, amorcé par des ateliers :

-le marquage de la zone de stockage du matériel des pêcheurs pourra être dessiné puis réalisé avec les concernés

-la signalétique, quant à la priorité d’usage des quais par les pêcheurs, pourrait être décidée collectivement : en effet, chaque allée-venue sur les quais se prévoit en fonction des horaires de marée (car ils sont tributaires des marées). En informant les promeneurs de ces horaires, ceux-ci pourraient ainsi mieux comprendre et ainsi fréquenter plus respectueusement le travail du pêcheur.

 

       // Le Service A LA DEmande (SALADE)

Il peut être un outil efficace pour participer au génie du lieu et limiter les déplacements intra-urbains : les services se déplacent ainsi vers la population. Il s’agirait de mettre en place un système de livraison et de vendeurs ambulants, en coopération avec les commerces et les cultivateurs de l’intercommunalité, à destination des résidents permanents et des touristes. Cette initiative sera complétée par un réseau de navettes reliant les différents pôles (Gare / Touques / les Epines / Hennequeville / Hôpital). Nous ferons des études sociologiques fines pour identifier la nécessité de cadencement et les lieux d’arrêts. En fonction de leurs besoins, nous organiserons des ateliers afin de dessiner ensemble les navettes et les abribus.

 

       // City Stade d’Hennequeville

Cet espace en pleine nature se situe entre Hennequeville, le collège-lycée Marie-Joseph. Tout près s’édifie déjà le projet de centralité commerciale. Les usages sur ce site méritent donc d’être amplifiés. Afin d’en faire un pôle récréatif convaincant et suffisant, la municipalité doit densifier ce secteur et proposer une offre complémentaire à moyen terme. A court terme, cet espace sera consolidé en travaillant sur le renforcement des aménités, par la réalisation de mobilier urbain ludique avec la population. En effet, BAMcollectif entend prolonger sa démarche participative (en troisième phase) jusque dans le chantier, afin que les aménagements soient adaptés et appropriés au mieux par ses usagers propres.

 

       // Proxi d’Hennequeville

Un véritable square sera aménagé sur cet espace de vie. Le site brasse beaucoup de flux mais sa physionomie actuelle ne permet pas la pause et les interactions sociales. Des bancs et des arbustes seront installés sur un côté de la place tandis que l’autre coté sera dédié à un emplacement d’un vendeur ambulant « SALADE » qui y vendra des produits frais régionaux (poissonnerie, boulangerie, fromagerie), complétant ainsi l’offre de la superette.

 

 

 

IV – Effets sociaux et économiques attendus

 

       / La ville pantoufle limite les déplacements contraints et permet de diminuer la facture énergétique des ménages (voiture).

       / La ville intercommunale rationalise les déplacements et entraîne des économies à l’échelle intercommunale.

       / La ville créative améliore le vivre ensemble en favorisant les interactions humaines et en atténuant les conflits d’usage.

       / La ville passante favorise la mixité sociale et intergénérationnelle et lutte contre la sclérose territoriale.

       / L’affirmation des pôles des Epines/Hennequeville et le renforcement d’une offre de transport et de services autour du pôle gare attireront les populations jeunes et actives.

       / La mise en place de services de navettes de transport et d’une navette alimentaire ambulante créera des emplois.

       / Les transformations physiques autour du casino contribueront à une meilleure image de Trouville et fabriqueront une urbanité plus sensible.

       / La méthode BAM prépare en amont la population à recevoir des transformations en l’intégrant dans un processus de démocratie créative. Rendre l’usager acteur de la fabrication de son lieu de vie légitime le projet.

/ L’organisation de chantiers participatifs concrétise notre méthode de participation habitante en intégrant l’usager dans la conception créative des espaces publiques, et en engageant une appropriation intelligente des lieux. Trouville étant déjà engagée dans le processus participatif des jeunes, BAMcollectif entend notamment s’appuyer sur la Maison des Jeunes de Trouville mais également sur l’équipe Off Courts pour développer ce type d’initiatives.