Les membres de BAM ont travaillé sur la création ou la révision générale de plusieurs documents de planification urbaines ces dernières années de type PLU, PLU-I ou encore SCOT. Bien que l’ensemble de ses espaces se différencient, nous pouvons souligner quelques marqueurs communs. En effet, lors de la réalisation des diagnostics, les statistiques mettaient souvent en exergue un vieillissement démographique très spatialisé. Ce petit édito essaie d’en savoir un peu plus sur le sujet et surtout d’en comprendre ses formes géographiques.

Les formes spatiales du vieillissement démographique :

Mars 2018

La Vague de Vieillissement / Source Alexandre Sas, BAMcollectif

Les Pourcentages représentent le nombre de personnes âgées à Venir

Le report du Vieillissement du Centre vers les banlieues

Source J.F Ghékiere / Exemple de Bordeaux et Lyon : Evolution de la population âgée de 60 ans ou plus entre 1990 et 1999.

«Le vieillissement des espaces urbains conçus pour des populations jeunes»

L’explication de l’inégale distribution des âges dans la ville se comprend notamment par le « phénomène de périurbanisation ». Le cycle de vie des ménages et des formes spatiales de la croissance urbaine depuis 1950 a façonné les équilibres ou déséquilibres (au choix) territoriaux. En effet, plus qu’un échange de jeunes adultes entre centre et périphérie, l’extension spatiale des agglomérations a souvent pris la forme d’une onde de peuplement. La croissance démographique s’est déversée au cours des années 1960 sur la première couronne de banlieue puis  sur la couronne externe durant les années 70 et enfin sur les espaces de « lotissements » dans les années 1980-1990. Corollairement, il s’en est suivi une onde de rajeunissement. Les jeunes ménages, en quête de logements se sont tournés vers les constructions neuves des périphéries qui, grâce à « l’avènement » de la voiture dans la ville sont devenues facilement accessibles.

L’onde de peuplement génère ainsi une répartition radioconcentrique des générations successives d’accédant à la propriété. Cette structure spatiale a ensuite tendance à se pérenniser par la faible mobilité résidentielle du 4ème âge. Cette onde de vieillissement partie du centre-ville, au cours des années 1990, devrait affecter les proches banlieues des grandes agglomérations vers 2015-2020 pour se diriger ensuite vers la couronne externe en 2020-2030. 

Le potentiel de croissance de la population âgée est très important ; cette génération étant issue du baby-boom. Certaines communes de banlieue seront confrontées à des taux de vieillissement dépassant les 35% qui sont actuellement les taux des départements les plus âgés de France, à l’image de la Creuse. La principale difficulté énoncée par certains chercheurs (cf J.F Ghékiere) est qu’il faut prendre la question du vieillissement de la population très au sérieux dans les espaces périurbains car la mono-catégorisation peut entrainer la création de véritables « ghettos de vieux » si rien n’est fait rapidement. J.F Ghékiere démontre aussi que ce sont les banlieues qui vont être fortement impactées par le vieillissement contrairement aux centres villes ou aux proches bourgs. Les banlieues des villes françaises ont été conçues pour des populations jeunes et mobiles sur un principe de zoning fonctionnaliste avec des zones résidentielles, des zones commerciales, des zones d’activités ou encore des zones récréatives. Ces espaces ne disposent que de très peu, voire pas, de services de proximité. Le recours quotidien à l’automobile est donc essentiel pour continuer à vivre.

Nous savons déjà aujourd’hui que les questions de mobilité pour les personnes âgées sont difficiles. Certaines communes périurbaines vont connaître un triplement de leurs populations âgées de plus de 80 ans en moins de 10 ans ! Des équipements spécifiques vont devoir être construits dans un délai court voire très court. Ce vieillissement, très féminisé, sera donc de plus en plus important dans les milieux périurbains, loin du système de proximité de services de la ville centre, avec un habitat très éclaté à faible densité. On s’attend ainsi à une augmentation des besoins dispersés, qui seront mis à l’épreuve par le vieillissement des populations.

Pour conclure sur ces formes spatiales, nous remarquons qu’elles accompagnent le vieillissement voire elles le subissent aujourd’hui sans pouvoir répondre aux problèmes rencontrés. La mixité générationnelle est devenue tout aussi importante que la mixité sociale pour ces communes périurbaines vieillissantes.

Ce qui ressort de cette analyse, c’est le manque de solutions pour lutter contre ce vieillissement puisqu’il n’existe pas aujourd’hui de parcours résidentiel qui contente ce type de public. Aussi, il n’existe pas dans les documents de planification une prospective « vieillissement ». Les PLH-I fonctionnent de manières mathématiques et se tournent principalement sur la question des primo accédants. Les PLU-I s’abordent les questions sociales au détriment du développement économique et surtout environnementale.

La Question reste donc entière. Gageons que les promoteurs, souvent très créatifs lorsque qu’émerge une demande (marché), vont dans les années à venir proposer de nouveaux type d’accession (produit) pour personnes âgées. On prend les paris ?

La Vague de Vieillissement / Source Alexandre Sas, BAMcollectif

Les Pourcentages représentent le nombre de personnes âgées à Venir